mardi 10 octobre 2017

Du bon et du mauvais usage politique des médias


Toute personne qui accède à la notoriété médiatique voit son action et ses propos acquérir derechef une portée politique, volontairement ou involontairement, et ceci quel que soit le statut de l'acteur médiatisé. La neutralité axiologique, dans son principe comme dans ses effets, est un leurre manifestement destiné à asseoir une position d'autorité masquée sous le costume pompeux de la "science". Tout propos, toute action médiatisés alimentent ou affaiblissent une position politique dominante qui n'est autre que la position régnante au sein de l'establishment économique sous-tendant elle-même la structure politique des médias. L'illusion de la démocratie d'opinion supposée fonder sur le plan moral et rhétorique l'argumentaire des Etats de droit se dissipe au contact des pouvoirs oligarchiques. 

Mécanique politique et miroirs médiatiques
Une émission se déprogramme facilement dès lors qu'elle dévoilerait un peu trop la réalité des pratiques, des projets et des objectifs poursuivis par les barons du système; un animateur se congédie vite si ses invités et ses sujets ne respectent pas le cahier des charges idéologiques qui lui sont imposés implicitement. La peur de la pauvreté, la hantise de la diabolisation suffisent à ériger chez les employés du pouvoir toutes les barrières salvatrices de l'auto-censure propres à garantir à ses décideurs le nécessaire devoir de réserve, ce devoir muet par nature, discrétionnaire car entaché de honte, ce devoir factice sur lequel tout un édifice de boue est élevé. Que l'on soit un chercheur académique, un citoyen "apolitique" ou a fortiori un religieux laïco-compatible, il suffit que l'on sache cette portée pour en mesurer les effets. Si l'on est fondé de bon droit à revendiquer un engagement d'une autre nature que politique (religieux, éthique ou sapientiale), on ne peut ignorer l'effet mécaniquement politique de nos positionnements induits par ces miroirs grossissants et bien souvent déformants que sont les médias.    

samedi 7 octobre 2017

Ne pas confondre extrémisme et radicalité

L’extrémisme postule l’extrémité immédiate de sa destination par l’abolition expresse de l’espace intermédiaire qui l’en sépare, abolissant par-là même sa condition de possibilité qui est l’humanité présente. La radicalité est, à tout bien considéré, l’exact contraire. Le retour aux racines est un retour au fondement, au principe, à ce qui est premier. La radicalité consiste pour l’homme à revivre dans le champs indéfini de la conscience cette contemplation originaire du surgissement de l’être dont il constitue l’une des manifestations pour en accomplir le principe, la modalité essentielle, pour en dévoiler la lumière et le souffle occultés par des siècles d’éloignement volontaire, d’égarement méthodique, de renversement habilement escamoté par des montagnes de ruse dressées par la négativité historique de la modernité. A travers cette expérience revivifiante vécue sur le triple mode du saisissement sémantique, de l’intuition psychologique et de la perception spirituelle, la radicalité réconcilie l’homme avec lui-même en rétablissant le chemin qui l’a conduit vers sa condition présente, qui est une condition de crise, une disharmonie patente, fruit d’une tension violente, insoutenable et d’un conflit permanent suggérant une résolution profonde, une réhabilitation, un dépassement. Un dépassement acquis par la médiation d’une réhabilitation authentique de l’être originaire obtenue par la grâce lumineuse du renouement, du resurgissement devenant condition pour l’homme de son renouvellement. 


Tableau de Pavel Rizhenko.
Ce renouvellement de l’homme revivifié dans son principe, qui est un principe spirituel de vie, le rétablissement de l’unité d’une conscience mise à mal et comme déviée par la diffraction de l’obstacle constitué par l’occultation, et le rétablissement du sens, propre à permettre le retour à la voie naturelle et à garantir la réussite de la migration, sont autant de caractéristiques définissant l’homme radical. L’extrémiste, par l’ivresse de sa détermination et par l’immédiateté frénétique de son exigence, perd définitivement toute possibilité de réaccomplir sa destinée et de retrouver le sens originaire de l’unité de l’être dont il participe à un moindre niveau en tant qu’humain. L’extrémisme contrarie toute perspective de paix ontologique qui est simultanément la voie et la destination de l’homme radical réconcilié avec lui-même.

Extrait du livre "Le goût de l'inachevé". 

dimanche 1 octobre 2017

Hölderlin : qu’est-ce donc que la vie ?

La Colline publie un extrait d'un poème de Friedrich Hölderlin intitulé "Qu'est-ce que la vie ?". La traduction est signée Gil Pressnitzer.  


N'envie pas les hommes libres de souffrance, les idoles de bois auxquelles rien ne manque, tant leur âme est pauvre, qui ne posent pas de questions sur la pluie et le soleil parce qu'elles n'ont rien qu'elles doivent cultiver. 

Certes ! Certes ! il est tout à fait facile d'être heureux, d'être tranquille avec un cœur sans profondeur et un esprit borné. On peut bien vous en accorder la faveur, qui donc irait se fâcher que la cible de planches ne gémisse pas de douleur quand la flèche s'y fiche, ou que le pot creux rende un son si mat quand on le jette sur le mur ? 

Simplement, braves gens, il faut vous y faire, il faut même qu'en grand silence vous soyez étonnés de ne pas comprendre que d'autres ne soient pas si heureux, ne soient pas non plus si satisfaits d'eux-mêmes, vous devriez même vous garder de faire de votre sagesse une loi, car ce serait la fin du monde si l'on vous obéissait…

mardi 26 septembre 2017

N'entre pas docilement dans cette douce nuit...

Le film de Christopher Nolan, "Interstellar", l'a popularisé. La Colline vous propose de lire dans son intégralité ce poème du Gallois Dylan Thomas



N’entre pas docilement dans cette douce nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.
Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,
Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils
N’entrent pas docilement dans cette douce nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.
Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,
N’entrent pas docilement dans cette douce nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.          
Et toi, mon père, ici sur la triste élévation
Maudis-moi, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.
N’entre pas docilement dans cette douce nuit.
Rage, enrage contre la mort de la lumière.


Agis ou garde le silence !


Agis ou tais-toi, jusqu'à ce que l'exacerbation de ton silence finisse par agir sur toi même et te fournir, à ton tour, le courage d'agir.

Ne crains pas les reproches


Vis ta vie, ne vis pas la vie des autres. Dans la rigueur sombre de la justice, vis et déploies tes ailes. Et ne crains pas, dans la voie de Dieu, le reproche de quiconque.

La haine comme consécration posthume


La haine de nos ennemis vaut mieux que leur mépris. Elle traduit, dans sa violence même, le respect que nous leur inspirons ou que leurs inspirent nos actes et sonne, au-delà de la mort, comme une consécration posthume.