vendredi 21 avril 2017

Faut-il voter ou s'abstenir ? Les termes d'un débat confessionnel agité


Alors que vient de se terminer le salon du Bourget organisé par l'Union des organisations islamiques de France, une question hantait tous les esprits à quelques jours du premier tour des élections présidentielles françaises : faut-il voter ou s'abstenir ?

Tout a commencé par le lancement d'un pavé dans la mare il y a environ un mois de cela. Dans l'extrait d'une vidéo mise en ligne au mois de mars mais enregistrée en janvier 2017 dans le cadre d'une intervention effectuée au cours d'une conférence organisée par l'Union française des consommateurs musulmans (UFCM), Tariq Ramadan défend l'idée d'une abstention active, idée de plus en plus développée ces dernières années en France par des intellectuels tels qu'Etienne Chouard et revendiquée dans un ouvrage récemment publié par Antoine Bueno intitulé «No vote ! Manifeste pour l'abstention». 


L'intellectuel musulman met en avant le caractère factice de l'élection marquée par l'émergence de pseudos candidats anti-système qui ne seraient que le pur produit du macrocosme marchand dominant la société française, à l'instar notamment d'un Emmanuel Macron. « Il y a une vraie position politique à refuser la manipulation politique » a déclaré Tariq Ramadan qui a par ailleurs répondu dans une seconde vidéo à ceux qui l'accusaient de contradiction dans sa posture, lui qui a ces deux dernières décennies encouragé les citoyens de confession musulmane à s'engager et à aller voter.





La consigne de l'UOIF : voter absolument !
Cette prise de position abstentionniste stipulant qu'« en allant voter vous participer d'un système qui vous vole la pensée » a semble-t-il perturber un consensus politique intracommunautaire sur la participation politique des citoyens musulmans, consensus acquis difficilement après des batailles religieuses interminables sur le caractère licite ou non du vote. L'UOIF qui défend la participation politique des musulmans, tout en niant explicitement faire elle-même de la politique « en tant que structure », a comme chaque année organisé des débats sur le sujet de la participation politique. 


L'absence de Tariq Ramadan à cette session 2017 a été d'ailleurs remarquée tant sa présence et ses nombreuses interventions font partie chaque année des temps forts de la Rencontre annuelle des musulmans de France. Faut-il l'attribuer à sa prise de position sur l'abstention active ? Il demeure que le président de l'UOIF Amar Lasfar qui arrive au terme de son mandat de président a déclaré que la seule consigne à exécuter absolument était celle d'aller voter. 




Dans le même sens, le conférencier Nabil Ennasri a déclaré au cours d'un des débats de la RAMF que « L’abstention, c’est le mauvais choix : on ne pèse rien du tout », «déclenchant des applaudissements» selon Cécile Chambraud du quotidien Le Monde. Il y a donc bien un clivage entre les deux positions.

Yamin Makhri : «Aucun changement réellement positif ne peut venir des urnes»
Ce clivage est d'autant plus intéressant que la position de Tariq Ramadan fait écho à celle du fondateur des éditions Tawhid et membre de l'UFCM, Yamin Makhri, qui a développé dans un texte partagé sur la page facebook de Tariq Ramadan, un texte approfondi de réflexion qui resitue la question du vote dans une perspective plus large qui est celle de la société de consommation et du néo-libéralisme. 

Voici quelque éléments d'analyse avancés par son auteur : «L’abstention devient une option de plus en plus ouvertement assumée face à une illusion du choix démocratique » (…) Une société qui a déifiée la croissance, le travail et qui compense sa misère existentielle dans un consumérisme effréné ne peut plus le dénoncer » (…) La politique, elle-même, nous est présentée comme le monde dans lequel on voudrait nous maintenir : une marchandise. On cherche à nous "vendre" un candidat dans un spectacle déprimant et vide de sens, se répétant à chaque campagne présidentielle. Les consommateurs-citoyens doivent se soumettre à l'offre qui leur est offerte aidées par les agences médiatico-publicitaires toujours intéressées (…) Aucun changement réellement positif ne peut venir des urnes : le gouvernement n’aura qu’une faible marge de manœuvre et il n'aura d’autre choix pour continuer de se financer que de se plier aux logiques marchandes avec son lots de guerres, ses ravages écologiques et sociaux».




Le néolibéralisme a vidé le vote de tout sens
Pour Yamin Makhri, le vote comme l'élection n'ont plus de sens car ils ont été vidées de leur finalité par un néo-libéralisme qui a imposé son système de valeurs chosifiant et aliénant et s'est substitué de fait aux instances légitime de la vie politique (Nation, démocratie, République). La plupart des candidats défendent d'ailleurs selon lui la même ligne idéologique fondamentale : « Des libéraux de gauche (Macron, Hamon) ou de droite (Fillon) à leurs adversaires keynésiens-étatistes de la gauche radicale (Mélenchon) ou d’extrême-droite (Le Pen), ils partagent tous le même amour du travail, la même obsession pour la croissance économique et le même désintérêt vis à vis d'une marchandisation toujours plus croissante de nos vies ». Il est intéressant de constater que cette position en faveur de l'abstention active s'inscrit dans une analyse plus large sur la véritable nature du pouvoir, sur la manipulation que constitue l'élection de personnes qui ne décident plus, sur les effets pernicieux de l'idéologie dominante néo-libérale et son caractère totalitaire dans la vie des Hommes. A cette position conjointe de Tariq Ramadan et Yamin Makhri, deux réponses ont été proposées.

Noureddine Aoussat : l'abstentionnisme «est illusoire»
L'imam et écrivain Noureddine Aoussat a publié la première partie d'une tribune sur un blog Médiapart qui est une réponse ouverte adressée à Tariq Ramadan. 


Il critique la position de l'intellectuel en lui reprochant de ne pas la fonder sur une analyse écrite et argumentée qui soit rigoureuse. Noureddine Aoussat, qui qualifie l'abstention active d'oxymore, exprime par ailleurs son scepticisme sur la réussite d'une telle entreprise étant donné la diversité des motivations menant à l'abstentionnisme. «Vous a-t-il échappé que réunir les abstentionnistes anarchistes, les abstentionnistes dégoûtés par les turpitudes des politiciens, les abstentionnistes anti système, les abstentionnistes révoltés par cette démocratie factice minée par les corporatismes, les abstentionnistes pour des convictions religieuses ou supposées telles…, et d’autres types d’abstentionnistes est tout simplement illusoire ? (…) Juste à titre d’exemple, est-il possible de faire converger les actions des abstentionnistes musulmans avec les abstentionnistes anarchistes ? Ma réponse est un non catégorique. En effet, les théories du comportement collectif stipulent que l’individu, en l’occurrence l’abstentionniste, met avant tout en jeu son identité personnelle lorsqu’il rejoint un groupe».

«Notre problème... notre manque de vision commune» 
L'imam qui critique avec virulence les termes de l'alternative « Voter ou résister » s'interroge : « Quel intérêt donc, vous et ceux qui promeuvent cette abstention, avez à replonger les musulmans dans l’abstentionnisme qui les a longtemps handicapés ? ». Noureddine Aoussat attribue enfin ce qu'il perçoit comme une incohérence politique à un manque de vision communautaire des musulmans. « Notre problème, c’est avant tout notre manque de vision commune ; l’absence de volonté de convergence entre les différents acteurs et prédicateurs ; l’absence de cohérence dans les discours des uns et des autres. Notre problème est notre refus de nommer nos tabous ; de reconnaître nos lacunes et nos défauts. Le problème des musulmans en France, et leur position vis-à-vis du vote en est un exemple criard : c’est que l’action du musulman -individu ou groupe- n’est farouchement contrée et combattue que par l’action d’un autre -individu ou groupe- musulman (…) Voter ou refuser de voter n’est pas uniquement une tactique, mais une vision, une conception, voire une idéologie au sens noble du terme. Et c’est ce par quoi nous devrions commencer ». Une posture communautaire semblant contredire son propos préliminaire : « C’est en tant que citoyen français ET musulman soucieux de l’avenir de notre bateau France sur lequel nous sommes embarqués, en tant qu’acteur associatif engagé sur ces questions de société (…) (et) point en tant qu’imam ou prédicateur que je critique votre appel ».

Fouad Imarraine : le vote doit être l'aboutissement d'un engagement
Une autre critique formulée indirectement contre l'abstention émane de Fouad Imarraine, un autre acteur historique de l'associatif musulman, membre fondateur du Centre Malcolm X et proche de l'UFCM, qui défend la nécessité du vote, ce qui témoigne il faut le souligner d'une pluralité de positions divergentes au sein d'acteurs associatifs proches. 


Tout en reconnaissant la nécessité de trouver une alternative à l'hégémonie du néolibéralisme marchand, Fouad Imarraine estime que « quelle que soit la conduite politique menée, la participation citoyenne est vitale ; sans elle aucun système étatique ne peut tenir, ni même se concevoir (...) Il est donc crucial, que dans une démocratie, l’engagement du citoyen soit effectif pour assurer un rapport équilibré entre les pouvoirs. Sans cet équilibre entre les pouvoirs, la cohésion du groupe, la cohésion sociale, sont grandement menacées. Sans cela, les fondements de la société s’écroulent (…) Pour le citoyen, être absent de cette arène politique le destitue et rompt l’équilibre des pouvoirs qui sont ensuite redistribués ».

«La démocratie est mise à mal à cause de la démission des citoyens»
Fouad Imarraine défend donc une position électoraliste se situant dans le prolongement classique des théorie politiques démocratiques insistant sur le caractère vital et fondateur du vote, mais à une nuance près. Pour lui, le vote n'est que l'aboutissement d'un engagement citoyen plus global et permanent et sa valeur est donc proportionnelle à l'investissement citoyen accompli au quotidien. « L’acte de vote n’est le plus souvent que l’aboutissement et la sanction d’un processus plus long d’engagement volontariste (manifestations, désapprobation, engagement associatif, sensibilisation écologique, identitaire, humanitaire…) (…) La volonté de consécration de cet instant chez certains ne brille en vérité que par l’absence d’intérêt et d’engagement dont ils ont fait preuve le reste du temps. C’est particulièrement caractéristique d’une partie des musulmans qui se réveillent quand les campagnes battent leur plein ou au moment de glisser le bulletin dans l’urne ; ils escomptent ensuite renégocier leur place quelle que soit l’issue du scrutin ». Une position qui fait du vote un recours légitime et un acte de résistance à tout ce qui menace la démocratie. « Qu’il s’agisse des idées de l’exclusion et de la haine ou du capitalisme sauvage, de l’ultralibéralisme, la démocratie est mise à mal à cause de la démission des citoyens qui ont perdu toute motivation (…) En tant que musulmans et citoyens des quartiers populaires, nous devons réitérer autant de fois que nécessaire le barrage de la route à celles et ceux qui nous stigmatisent (…) Au moment où le désespoir gagne du terrain, notre spiritualité doit nous porter à l’acte de résistance ».


La fin des démocraties ?
Voter ou résister, voter pour résister, les termes du débat étant posés, que faut-il en penser ? A la lecture et à l'audition des arguments des pour et des contre, il faut bien dire que l'analyse la plus aboutie demeure à ce jour du côté des partisans de l'abstention active. Pourquoi ? Pour des raisons de cohérence assez simple à saisir. Tout d'abord, reprenons les arguments énoncés par les critiques de l'abstention active. Celui défendu par Noureddine Aoussat stipulant qu'une convergence des partisans de l'abstention est impossible à obtenir est insuffisant pour une raison simple : le même argument peut être avancé pour les partisans du vote dans la mesure où il existe plusieurs raisons de voter pour un candidat, certains électeurs étant séduits par une mesure particulière qui ne sera pas celle qui aura convaincu un autre électeur. Même chose pour le profil hétéroclite des électeurs qui se retrouvent dans le choix d'un même candidat, voire même si l'on souhaite élargir la réflexion, le profil de ceux qui défendront l'option plus général du vote pour des raisons de classe, de sentiment communautaire ou d'intérêt général. L'hétérogénéité des partisans de l'abstention active n'est donc pas un argument solide. Le second élément qui est la critique de l'absence d'arguments solides avancés par les défenseurs de l'abstention qui ne présenteraient pas de vision politique globale est partiellement juste mais insuffisante. On a vu dans quelle mesure Yamin Makhri propose une analyse globale très juste et approfondie de la justification relative à cette option et qui l'amène à intégrer cette question dans la problématique globale du paradigme néolibéral avec un questionnement sémantique articulant parfaitement la vision spirituelle que l'islam porte sur l'humanité sur la condition actuelle de l'homme post-moderne. Si le principal intéressé reconnaît lui-même que « dire non n'est pas suffisant, il faut agir par la suite », les perspectives alternatives à un modèle démocratique classique ne sont pas effectivement mentionnées ou proposées. Ceci étant dit, ce n'est pas une mince affaire et il n'est pas raisonnable de supposer qu'il suffit de proposer un système global clé en main que l'on proposerait au grand public en estimant qu'il s'agirait là d'une panacée qu'il suffirait d'adopter pour sortir d'un cycle de crises systémiques.

La fragilité des arguments pro-électoraux
Pour autant, la critique reste valable et nous verrons qu'effectivement, il s'agit pour les partisans de l'abstention active d'aller plus loin et d'affiner leur vision. La fragilité des argumentaires des partisans du vote dont nous avons brièvement présenté le contenu se résume à ceci : le vote n'a de sens que dans un système politique démocratique fondé sur la souveraineté d'un peuple qui légitime l'existence politique d'une Nation. Cela signifie la suprématie du politique sur l'économique et la finance, la séparation des pouvoirs et le respect des principes constitutionnels fondant la légitimité démocratique d'un Etat de droit et parmi eux, l'égalité civique des Hommes. Or, la France a objectivement perdu sa souveraineté politique en intégrant l'Union européenne. Elle ne contrôle pas sa monnaie, est asservie par une dette qui atteint dorénavant la totalité de son PIB ce qui traduit sa sujétion complète aux banques internationales, à ses emprunts et à des taux d'intérêts qui l'ont aliéné de son indépendance. Du moins, si l'on pense dans le cadre du fonctionnement actuel des institutions monétaires et financières et des réseaux bancaires qui déterminent non seulement le fonctionnement des gouvernements en établissant leur marge de manœuvre économique et leur latitude mais plus largement en contrôlant la vie et la conscience de plusieurs millions d'âmes à travers la suprématie d'une idéologie néolibérale moderniste, ultratechnologisante et hyperindividualiste. Il est certain que ce problème excède très largement la question du vote ou de l'abstention mais il est essentiel de saisir le fait que le vote et ce qui l'accompagne, à savoir la mythologie démocratique d'un peuple qui choisirait son destin en consacrant l'expression de sa volonté par l'élection, est l'un des principaux ressorts de légitimation de cette aliénation globale portée par la modernité en crise. Voter revient donc à légitimer un système de dépossession de soi marqué par la tyrannie d'un consumérisme devenu l'alpha et l’oméga des sociétés occidentales et, bien au-delà des chaines de télévision et hebdomadaires, grâce aux moyens redoutables offerts par l'internet et les réseaux sociaux, du monde entier.

Renouer avec le sens sacral de l'humain
La déréalisation des hommes dissous dans le bain acide d'une virtualité numérique qui n'est que l'aboutissement d'une dépossession de leur existence, à la fois structurelle mais tout aussi consentie par les fléaux d'un fatalisme de la désespérance qu'ils cultivent volontiers, décrit les traits d'un tableau relativement sombre de notre époque. Sans cette appréhension globale du mode de vie qui nous est imposé aujourd'hui, sans la saisie profonde des enjeux de conscience qui président notre avenir et celui de nos enfants, il sera bien inutile de débattre de l'importance du vote ou de la nécessité de l'abstention. Toute liberté implique une responsabilité et toute responsabilité naît d'une prise de conscience. C'est à un sursaut de la conscience que nous avons aujourd'hui « espérément » besoin, un électro-choc, une opportunité de faire imploser pacifiquement « la machine ». Si le vote est un ultime recours pour protéger « les siens » d'une menace fasciste de tout temps alimentée, encouragée, instrumentalisée, arborée et susurrée par les mêmes langues fielleuses de l'hydre moderniste, alors le vote est un leurre et une illusion destinée à maintenir en place un effrayant statu quo, à pérenniser la même domination idéologique et à consacrer ad vitam aeternam l'usurpation du pouvoir, le pouvoir des corps, des cœurs et des consciences. Couper les têtes de cette hydre multiforme est absurde et parfaitement inutile car la moindre de nos contestations l'alimente, nos cris de protestation la nourrisse et nos élans utopiques la consolident chaque jour un peu plus. Il faut que la Bête succombe pour que tombe la peur et que la vue du Ciel soit enfin dégagée de ce sinistre spectacle.

Ne plus être complices du mensonge
Il nous faut donc nous engager résolument, et sans crainte des reproches, vers cette voie de l'abstention active jusqu'à ce que le pourcentage obtenu atteigne le seuil irréversible de l'implosion et de la dé-légitimité électorale. Ce taux est variable et l'enjeu n'est pas de déterminer s'il doit être de 60 ou 70 %, l'essentiel est de lancer la dynamique et de maintenir le cap. Parallèlement à cette dynamique, il va s'agir d'identifier les caractéristiques les plus prégnantes de cette domination et les multiples ressorts à l'origine de l'aliénation moderniste. Ce travail d'analyse, de maturation et de proposition doit être réalisé conjointement et en lien avec l'ensemble des hommes et des femmes déterminés à changer de société. 


Il ne s'agit plus d'élaborer une contre-idéologie mais de lever les voiles de l'oppression qui étouffent la nature humaine et d’œuvrer à un retour émancipateur des plus ambitieux vers une prima natura fitratique. Voter peut, sous certaines conditions être un acte de transformation politique ou d'aliénation politique. Notre position est de ce point de vue très claire : l'oligarchie, qui n'est autre qu'un faisceau de convergence établi entre la tyrannie d'une idéologie néolibérale moderniste et mortifère, et des institutions et individus qui lui sont liés par intérêt ou conviction, s'appuie sur la légitimité de notre vote. Le catéchisme démocratique est un leurre destiné à nous faire avaler la pilule d'une sujétion et d'une servitude devenues désormais intolérables. Ne soyons donc plus les complices de ce mensonge.

samedi 18 février 2017

Parution du livre "Le goût de l'inachevé"


Voilà c'est officiel. Je vous annonce la sortie de mon livre "Le goût de l'inachevé" prévue le 6 mars prochain. Il s'agit de mon premier ouvrage. Ce livre est particulier dans la forme comme dans le fond. Ceux qui me lisent sur mon blog depuis des années sauront de quoi je parle. Pour tous les autres, ce livre sera une surprise, bonne ou mauvaise, je vous laisserai le soin d'en décider.



Que dire d'autre ? Il s'agit d'un recueil d'aphorismes de 216 pages distribués en cinq parties et qui traitent de très nombreux thèmes (amour, politique, foi, morale, psychologie, etc). L'avantage est qu'on peut lire cet ouvrage à n'importe quel endroit et le refermer à n'importe quel autre. Autre chose : j'ai fais le choix difficile mais important pour moi de l'auto-édition pour conserver mon entière liberté éditoriale sur ce projet. Ce livre n'existera donc que par votre concours actif, vos relais et vos partages. 

Le livre est disponible en pré-commande immédiatement sur ce lien :   



Vous le recevrez quelques jours après la date de publication.

Je tiens à exprimer mes sincères remerciements à mes amis Sami, Khalid et Evren (ils se reconnaîtront) sans le concours desquels ce livre n'aurait pu paraître aussi rapidement. 

Je vous en souhaite d'ores et déjà une excellente lecture et reste disponible pour vos éventuelles questions. 

lundi 13 février 2017

Ce qu'est l'Homme accompli


La pureté ou la folie sur le chemin de la pureté...

La raison observe, décrit, évalue, calcule et analyse les choses. Les opérations rationnelles se définissent comme une appréhension de la chose et non une saisie de l'être car la raison ne s'empare que des formes, des idées. Le cœur seul saisit l'être là où il se trouve, sans médiation. Si le savoir offrait le salut de l'âme, l'homme adamique qui avait reçu la connaissance de toutes choses n'aurait pas chuté et quitté le jardin primordial. La croyance se définit comme une vision de l'être au-delà de l'apparence phénoménale, un acte de confiance marqué du sceau de la plénitude car la pensée ne peut accéder directement à Dieu. Dieu ne peut être pensé, au sens entier du mot penser, tout au mieux peut-il être deviné, suggéré, approché par l'esprit. Toute tentative de penser pleinement Dieu mène inexorablement vers la folie car il est de toute nécessité que Dieu ne prenne place qu'en un lieu convenable, c'est à dire purifié. Or, l'homme ne pouvant s'arrêter de penser, mêlant et combinant successivement le pur et l'impur, le faux et le vrai, l'illusoire et l'authentique, un tel espace ne permet pas d'accueillir en son sein la présence du Divin, et toute tentative d'y parvenir conduit l'homme à la déchéance. La connaissance de Dieu est également impossible par la saisie idéelle, nous ne l'ignorons pas, pour des raisons évidentes tenant à l'insaisissable complexité de la nature divine, infinie et absolue. Le cœur, pour sa part, a néanmoins les caractéristiques lui permettant de recueillir la présence divine comme un temple bâtit à cette fin, une terre portant en germe le souffle de vie du Vivant. La religion est donc ce médium unique d'accès à Dieu pour le cœur, à travers la Parole et le rite. Le Livre de la vie, qui regroupe la Parole du Vivant, est le Codex infinitum qui préside à la destinée du monde. 


Nous pouvons en conclure que la croyance est, sous ce rapport de la connaissance de Dieu, supérieure à la connaissance générale car elle en est la condition de possibilité dans la mesure où elle fait retour vers le principe fondateur de toute connaissance, sa source unique, le Grand Dispensateur dont elle recueille et conserve le nectar sacrée du savoir au sein de la raison qui n'est autre que le réceptacle créé à cet effet. La croyance est le mode d'appréhension du cœur, la connaissance, qui est saisie objective des choses formalisées par l'idée, le mode d'appréhension de la raison. La conjugaison des deux modalités de la connaissance permet à l'homme adamique d'accéder à sa réalisation en tant qu'homme accomplie ou complet, que la tradition musulmane identifie sous le vocable de al insan al kamil.  

mardi 7 février 2017

L'avenir des musulmans en France



En prenant la plume ce soir, j'envisageais d'intituler ce texte l'avenir du réformisme musulman, à la suite d'un colloque qui lui a été consacré récemment. Mais très vite, il m'est apparu que le véritable sujet n'était pas celui-ci, pas plus qu'il ne s'agissait de l'avenir de l'islam en France, bien qu'un lien évident les reliait. C'est un tout autre problème que nous avions à l'esprit et que nous soulevons en ces termes et par cette dénomination : quel sera l'avenir des musulmans en France ? L'islam étant l'affaire exclusive de Dieu, le sort qui sera réservé aux musulmans sera avant toute chose celui qu'ils se réserveront eux-mêmes. Qu'entendons-nous par là ? C'est très simple. Pour bon nombre de Français de confession musulmane, il n'y a plus d'alternative possible. Les crises profondes traversées par le monde musulman, qui a trouvé des échos violents jusqu'en Europe, n'a fait que précipiter un questionnement existentiel sur leur condition de croyant, questionnement initié historiquement depuis bien longtemps par la conscience musulmane et qui n'a pas épargné les fidèles français et francophones de l'islam. Tout concourait à les mener vers cette voie du questionnement profond. L'immense retard culturel des populations majoritaires d'Afrique du Nord, qui n'ont pas su se réveiller de leur long sommeil historique ; le fossé intergénérationnel ; le choc des convictions religieuses déployé dans un environnement national d'une hostilité unique en Europe quant au rapport à la foi ; les affirmations identitaires exacerbées entre néo-nationalisme fantasmé et wahhabisme exporté ; les conflits sociaux et plus récemment, les conflits intersexuels : tout ces nombreux facteurs coercitifs et les multiples effets qu'ils ont engendré ont mené deux générations de musulmans a opté pleinement pour l'option d'une réforme de l'islam.

La réforme expliquée par les réformistes musulmans
Certains définissent cette option comme l'abandon de pratiques culturelles jugées rétrogrades ; d'autres parlent de redéfinir les priorités islamiques des musulmans (éducation, accès au savoir, action social à haute valeur éthique ajoutée). Il y aussi les partisans d'une refonte du droit et de la jurisprudence musulmane (fiqh). Ou encore le segment le plus extrémiste des partisans du réformisme qui prône une sortie déguisée de l'islam par la médiation d'un individualisme laïcisé devant les mener, selon leurs termes, à une libération de la raison enfermée dans le dogme, et à l'instauration d'un humanisme. Pour la totalité de ces divers partisans de la réforme, un aggiornamento de l'islam lui permettra une intégration profonde dans le monde moderne et sécularisé de l'Europe et lui offrira, par conséquent, l'espoir d'un avenir durable. 


Des voix intellectuelles comme Tareq Oubrou estiment, à raison selon nous, que penser la réforme en terme de droit et de jurisprudence n'est pas à la mesure de la situation qui exige un changement complet de paradigme, devant se traduire par une théologie de l'altérité selon ses termes, pour repenser l'islam et les défis qui l'attendent à notre époque régie de toutes parts par la notion de complexité pour paraphraser Edgar Morin. Effectivement, la suprématie du droit musulman qui n'a pas, jusqu'à ce jour, été détrônée des études islamiques, est une difficulté majeure qui masque les véritables enjeux auxquels nous sommes confrontés.

Vers un cinquième madh'ab européen ?
Les réformistes musulmans qui ne prônent pas de rupture définitive avec l'héritage islamique n'en retiennent pourtant que le fiqh et n'envisagent cette réforme qu'en terme de normativité, autrement dit plaident pour un nouveau formalisme juridique adapté à notre époque, tout en prétendant refuser une triple impasse qu'ils définissent ainsi : l'enfermement dans des traditions passées (traditionnalisme aveugle), l'importation d'une compréhension islamique étrangère et inadaptée (exemple : wahhabisme), ou la dissolution totale des préceptes remplacés par un lien religieux sentimental. Un refus qui culminerait vers une autre proposition : poser les outils qui permettraient la fondation d'une nouvelle école jurisprudentielle (madh'ab) européenne inspirée historiquement par l'Espagne andalouse et agrémentée de nouveaux avis juridiques contemporains. 


Hélas, cette option traduit certainement le désarroi le plus profond de la pensée musulmane contemporaine qui semble condamnée à deux options : le renouvellement formel et artificiel du discours et de la praxis islamique via la perpétuation de fatawat (avis juridiques) envisagées comme panacée islamique ou bien la rupture religieuse préparée par des élites post-musulmanes converties au sécularisme européen. Il y a pourtant une autre voie, et à notre sens la seule qui soit suffisamment radicale pour répondre aux vraies questions qui se posent aux musulmans, et surtout par-delà eux, à l'ensemble de leurs contemporains. Nous y viendrons. Avant cela, il est indispensable de poser sur la table certains préliminaires qui éclaireront mieux la nature de cette voie radicale que nous estimons inévitable.

La perte du sens, de l'être et de la destinée
Pour saisir la profondeur et la complexité d'une voie qui par nature ne peut-être que radicale, il suffit de prendre conscience de la triple perte consécutive qui a déterminé la trajectoire philosophique et politique de l'Europe post-chrétienne, trajectoire qui vient à présent baigner les rives de la conscience musulmane européenne : la perte du sens, la perte de l'être et la perte de sa destinée. Dans une analyse d'inspiration heideggerienne mais adaptée à notre univers de référence, nous reprenons une partie du constat dressé par le philosophe allemand. Pour le dire simplement et de manière accessible, nous pouvons nous faire une idée relativement claire de ce qu'est la perte du sens chez un peuple, nous dirions aujourd'hui à l'échelle transnationale, dans l'usage qu'il fait de ses mots et de sa langue. En contexte musulman francophone, cette perte du sens se traduit dans l'usage de termes interchangeables et vidés de leur substance sémantique. Nous pourrions multiplier les exemples : deux ou trois suffiront à nous en convaincre. Le terme de théologie, qui signifie science ou discours sur Dieu (théo-Dieu, logos-raison, discours) est aujourd'hui abondamment employé comme un synonyme de religion et accessoirement de droit ou jurisprudence. C'est un terme fourre-tout qui a pour ses adeptes le charme et l'élégance du vocable académique mais dont le sens est déformé. Dans la tradition musulmane, l'équivalent de théologie est le vocable de i‘tiqãd (contenu de la croyance en Allah, dogme) ou encore la discipline du Tawhid Al-Asmâ wa-s-sifât (L'unicité des Noms et Attributs de Dieu). Cette discipline se distingue de la notion de fiqh, de akhlaq (morale ou éthique), de 'ibadat (rites religieux), de mou'amallat (affaires sociales ou temporelles), etc.

Du bon et du mauvais usage du littéralisme
Autre exemple d'un terme dont le sens s'est perdu : celui de littéralisme. Ici c'est l'usage qui a pervertit la compréhension du mot. Le littéralisme est la base de tout langage et de toute communication. Nous comprenons les mots dans leur littéralité. Le littéralisme est la condition de possibilité d'un langage, c'est à dire d'une langue vivante et support de communication entre les hommes. L'emploi hyperbolique du terme pour désigner les courants néo-salafistes qui ne tiendraient compte que du sens premier et immédiat des versets coraniques indépendamment de leur contexte historique ou de leur sens figuré, a fait perdre de vue une chose : le même usage du même littéralisme est pratiqué sans vergogne par leurs détracteurs pour valoriser les versets faisant l'éloge de la clémence, de l'altruisme, de la quête du savoir, etc. Il y aurait donc un bon et un mauvais usage du littéralisme et non plus un problème intrinsèque du littéralisme. L'ironie de l'histoire voulant que les partisans de la Réforme luthérienne aient été eux-mêmes de fervents littéralistes qui luttaient contre l'usage métaphorique excessif et généralisé des versets de la Bible. Passons. Nous pourrions parler de l'emploi du terme de féminisme récemment agrégée dans l'univers de référence islamique ou plutôt musulman, sans tenir compte de sa généalogie moderniste et antireligieuse ou anti-traditionnelle. Dans le même esprit, ceux qui parlent de modernisation des pratiques de l'islam ou d'adaptation de la religion à une culture ou un espace sécularisé semblent ignorer les tenants et les aboutissants de ces notions complexes et directrices en Europe. Nous ne gloserons pas sur la contradiction profondément révélatrice consistant à plaider l'adaptation d'un islam à la modernité et à la sécularisation tout en affirmant rejeter la dissolution de la référence religieuse, qui est précisément le sens de la notion de sécularisation.

Les paradoxes de la religiosité musulmane
Cette disjonction fondamentale des hommes avec le sens des mots et avec le langage, que l'introduction exponentielle de termes anglo-saxons dans les langues européennes traduit à un autre niveau, est elle-même le symptôme d'un oubli global de l'être, d'une perte de sens ontologique de la vocation humaine, écroulement lointain d'une civilisation plongée dans les ténèbres de l'occultation de l'Être. Cette perte du sens ontologique, nous pouvons l'identifier en ce qui concerne l'homo islamicus comme une perte du sens de sa religiosité consécutive à un retrait du Divin dans la pensée et le discours et subséquemment dans une certaine forme de pratique rituelle mécanique privée ou dénuée d'approfondissement spirituel. Dieu a disparu du discours des musulmans car il a disparu de leur pensée. Allah est devenu un nom qui les hantent et non plus une Lumière qui les habitent et, un peu à l'image d'une partie de la communauté juive, un Dieu au nom qu'on ne mentionne pas, qu'on ne connait plus. Il va sans dire que ce que nous appelons «connaissance» n'est qu'un mode de l'appréhension et de la suggestion intuitive et spirituelle, Dieu se soustrayant par définition aux canons étroits de la connaissance tels qu'ils ont été établis par le scientisme européen et l'idéalisme allemand. «Les imaginations ne peuvent l'atteindre et les intelligences ne peuvent le concevoir». La méconnaissance quasi complète de Dieu chez une partie importante de nos contemporains musulmans suffirait, me semble-t-il, à comprendre l'ampleur du désastre que nous vivons et qui engage l'avenir et le sens de la présence musulmane en France.

Les multiples modalités de la connaissance divine
Lorsque nous parlons de méconnaissance de Dieu, cela recouvre l'ignorance à peu près totale de la théologie islamique, les noms et les attributs divins, ce qu'ils impliquent, la méditation sur l'épopée muhammadienne (sira) et plus globalement sur la destinée humaine, et, enfin, l'absence de fréquentation de la présence divine dans l'accomplissement des rites, qui sont des modes de rencontre et d'accès privilégiées auprès Allah (Exalté-soit-Il), à commencer par la prière rituelle, la visite des mosquées, l'évocation de Dieu dans le rappel (dhikr), l'invocation qui établit un dialogue permanent entre l'homme et Dieu, le jeûne, et sans oublier bien évidemment la lecture assidu du Coran, qui n'est autre que le Verbe divin révélé sous sa forme ultime et définitive à l'humanité entière, et la réflexion profonde du sens de ses versets. 


Toutes ces modalités nombreuses et toutes essentielles constituent la voie royale d'accès à Dieu car elles sont la praxis consacrée par Lui. Cette expérience de la présence divine est, dans son polymorphisme même, un préalable indispensable pour mener à bien cette entreprise de reconnexion à Dieu qui fait actuellement défaut dans les consciences musulmanes contemporaines. Ayant perdu le sens de l'être, et corrélativement celui des choses, des mots et des idées, pente fatale de l'homme prométhéen dont nous héritons aujourd'hui, l'homo islamicus s'est retrouvé piégé dans un vide de la pensée dont il peine à sortir quand bien même il en aurait conscience, ce qui semble ne pas être le cas.

Replacer Dieu au centre de la révolution religieuse
Ce constat tragique, eu égard aux enjeux cruciaux dont nous parlions, ont débouché sur la troisième et ultime perte qui est celle de la destinée. La crise fatale de la conscience musulmane contemporaine et l'angoisse profonde qui en jaillit trahit dans son effroi même l'incapacité à saisir le sens de sa destinée, à retrouver le lit du fleuve qui l'a porté vers les flots tumultueux de l'histoire, à en embrasser le courant et à s'orienter courageusement et avec droiture vers les chemins qui doivent la mener vers son terme. Ce constat qui n'est pas autre chose qu'un acte d'accusation de la conscience religieuse portée contre elle-même indique cependant, dans sa faillite même, la voie de sa propre résolution qui est la voie radicale dont nous parlions. Seule une révolution spirituelle de nature religieuse impliquant la conscience la plus intense de la Divinité (Al Ila') et le sens aigu de sa nature et de son Être peuvent provoquer un renversement complet de situation et offrir un espoir sérieux et authentique à notre commune condition humaine. Refaire de Dieu une référence de la pensée contemporaine en opérant un renversement principiel de la perspective nihiliste post-moderne, telle est la seule destinée envisageable pour les fidèles de l'ultime religion monothéiste, la seule qui ait un sens véritable, la seule qui entre en résonance complète avec le désespoir contemporain d'un continent spirituel littéralement à l'agonie et qui réclame du tréfonds de son âme la possibilité de revoir la lumière et d'entrevoir le Visage de l'Origine (Al Awwal) et de l'Ultime infini (Al Akhir). 


Citons ces mots très justes d'Adrien Candiard, chercheur dans un institut dominicain et auteur du livre «Comprendre l’Islam – ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien», qui a su saisir avec acuité la puissance et la profondeur de la religiosité qui se dégage de la prière. «Je crois, écrit-il, qu’il existe dans la tradition musulmane une radicalité plus profonde, plus authentique, qui peut être (…) une radicalité spirituelle: la recherche de Dieu en soi, la rencontre de Dieu dans la prière personnelle». En soi, l'islam est une révolution spirituelle perpétuelle qui replace en permanence le sujet humain face à son Principe, qui le recentre et lui offre de ce fait la possibilité d'un mouvement, d'une trajectoire et lui dessine une orbite qui n'est qu'une autre manière de désigner l'accomplissement de sa destinée.

Les impasses existentielles de la oumma française
C'est également le sens du khilafa (vice-gérance, succession) primordial évoqué par le Coran, honteusement détourné par les vicissitudes de l'histoire en une soif de suprématisme politique dénuée de toute considération divine, de toute pensée et de toute perspective qui soit digne du rôle et du statut de l'homme attribués par le Créateur. Il est paradoxal de constater que la communauté musulmane française, par la faiblesse de sa condition socio-économico-culturelle, se soit transmuée, de sa fonction d'axe de symétrie reliant la verticalité centripète du message divin à l'horizontalité historique et anthropologique de son époque, en point de fixation et d'abcès centrifuge éloignant les hommes de la médiation du Message. La oumma française s'est coupée de sa trajectoire chrono-spirituelle en se constituant elle-même comme un objet propre et différenciée de la condition humaine de ses contemporains, même si ces derniers ont contribué pour beaucoup à cette marginalisation. Attachée à défendre exclusivement ses propres intérêts temporels, matériels, sociaux et politiques alors même que ces derniers constituent en son sein des levains de division, de dissolution et d'atomisation, la oumma française a dédaigné d'accomplir sa vocation qui est la condition de possibilité de son unification et le sens de sa destinée religieuse : réaliser l'appel solennel du monothéisme, initier en le renouvelant le processus de dévoilement de la sacralité divine institué dans la proposition religieuse de l'islam.

Renouer avec la théologie islamique
Cette révolution religieuse, on l'aura compris, excède de toutes parts les limites étriquées de toute tentative de réforme qui ne placera pas Dieu et la question théologique au cœur de son projet. Il n'est plus question de juridique ou d'éthique : ces deux disciplines ont perdu tout leur sens, privées de leur fondement, de leur Principe. L'investissement des efforts en ce domaine doivent être complets. Théologie spéculative (théorique) et théologie mystique (fondée sur la pratique spirituelle) doivent être conjuguées ensemble pour éviter le double écueil des conjectures abstraites de la pensée, d'une part, et des illuminations secrètes, et donc inappropriables, du cœur, d'autre part. Une pensée théologique conséquente doit émerger de ces efforts. Un telle refondation de la pensée théologique serait de nature à permettre à son tour une production de la pensée conceptuelle nourrie de la Weltanschauung islamique et qui offrirait un nouveau souffle à la pensée occidentale elle-même, dès lors qu'elle éviterait tous les pièges et les impasses aporétiques de la philosophie. Bien sûr, un tel projet ne doit pas être pris à la légère et doit être pesé à sa juste mesure. Les travaux de Tareq Oubrou constituent à ce jour la base la plus solide de cette démarche théologique. Une orientation exclusive de l'imam de Bordeaux, en ce domaine fondamental, ouvrirait la voie à une école de pensée ou à tous le moins à une dynamique intellectuelle prometteuse, à condition d'éviter la dispersion médiatique sur toutes sortes de sujets qui apparaissent seconds, dispersion dictée par la pression de la société française qui réclame des changements. 


Des figures plus jeunes telles que Mohamed Bajrafil peuvent également apporter à moyen ou long terme une contribution décisive sur ce point. Une synergie intellectuelle qui décloisonnerait la question de Dieu d'un fiqh mortifère pour revivifier la pensée de l'islam qui était à la base l'essence de la notion de fiqh permettrait, à n'en pas douter, l'éclosion de nombreux autres talents.

Maîtrise des passions et apprentissage de la justice
Un dernier point nous semble indispensable à mentionner. Personne ne peut occulter une révolution religieuse de cette nature mais une révolution spirituelle n'est pas une pure abstraction. Elle s'incarne dans les Hommes qui la portent et pour ce faire, une telle incarnation, dans l'exemplarité qu'elle promet et l'édification qu'elle offre, doit s'accompagner chez ses auteurs d'une éthique du comportement qui soit fondée sur la maîtrise des passions. Ce sujet mérite à lui seul un long développement qui excède les limites de cet article mais que nous ne pouvons pas ne pas mentionner. Le facteur humain explique en grande partie la stagnation et l'immobilisme des communautés musulmanes contemporaines et les idées ne déterminent pas tout, loin s'en faut. Le bon sens inné de la fitra (prédisposition naturelle) sait éviter d'instinct les absurdités sémantiques fussent-elles maquillées de la plus séduisante des rhétoriques. En ce sens, la gestion apaisée des émotions, des haines, du ressentiment ou de l'enthousiasme si caractéristiques de nos coreligionnaires sera la meilleure garantie d'une préservation de toute forme de manipulation d'où qu'elle vienne. Enfin, l'acquisition d'une culture solide de la justice, de ce qu'est le juste et de ce qu'il n'est pas nous délivrera des déviances nées de l'exacerbation pathologique de la situation de dominés qui cèdent trop volontiers à la tentation de se rêver en dominants. En somme, l'émergence d'une culture de la responsabilité du sujet en lieu et place d'un pathos égoïste et stérile de l'individu.








mardi 22 novembre 2016

Chaos

Sur ce passage d'un documentaire diffusé sur France 5, diplomate, hommes politiques et historien révèlent que la destabilisation programmée de l'Irak et de la Syrie visait et vise à renforcer la sécurité d'Israël. Une destabilisation préconisée explicitement par des penseurs néo-conservateurs dans des documents officiels. 

mercredi 9 novembre 2016

Ce qu'il fallait dissimuler...


















Le sens implique la cohérence. 

La cohérence implique la continuité. 

















La continuité implique la tradition. 

La tradition fonde le sens. 















                                    

La modernité implique le rejet de la tradition. 

La modernité implique le non-sens. 
























Le non-sens mène à la disparition du sens ou à la restauration du sens. 

La disparition du sens de la modernité qui est non-sens, fait sens. 

















La restauration du sens impliquée par les limites du non-sens, fait sens également. 
















In fine, le non sens implique donc le sens. 

Fin d'un cycle, retour naturel au Principe.











vendredi 4 novembre 2016

Délivrance II




Quand tu parviendras à te libérer des autres, de leur peur, 
de leurs illusions, de leur peine et de leurs attaches... 
il ne subsistera plus rien de ton moi, hormis toi. 



Dans cet exil forcé loin de toutes terres familières, il ne te restera plus qu'à franchir le pas solennel et anonyme... mourir avant de mourir... disparaître à rebours de l'existence... échapper aux lamentations des limbes, aux exhortations des démons... 


pour entrouvrir tes lèvres, offrir tes mains tremblantes et hésitantes à tous ces vieux serviteurs nocturnes qui te croiseront à la lisière de l'aube, au fin fond du crépuscule qui précédera ta venue au monde, ta renaissance. 

Si tu Le connaissais, tu ignorerais tout, ce rien dans lequel tu te meus. Et de son absence, et de son silence, tu te ferais apocalypse.